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Evenement LES DUBUFE, UNE DYNASTIE DE PEINTRES À SAINT-CLOUD

Claude-Marie, Édouard et Guillaume Dubufe, le dernier étant le petit-fils du premier, ont été des peintres très connus de leur vivant, jouissant d’une popularité certaine auprès du public, mais souvent chahutés par la critique. Liés à Saint-Cloud, mais aujourd’hui passablement oubliés, ils méritent d’être remis en lumière par ce choix de 90 oeuvres, où se révèlent un air de famille mais aussi trois individualités bien distinctes. Leurs oeuvres ainsi réunies incarnent trois moments de la peinture académique du XIXe siècle, et, entre filiation, transmission et émancipation, ils dessinent un parcours révélateur de l’évolution de l’art du peintre et du regard du spectateur.

 

> Des portraits royaux et impériaux…

Claude-Marie Dubufe (1790-1864), fondateur de la dynastie, a été l’élève de Jacques- Louis David et a complété sa formation néo-classique par un voyage en Italie, d’où il revient nourri de mythologie gréco-latine et de grandeur antique. Faisant du portrait son genre de prédilection, il rencontre un vrai succès avec ses représentations idéalisées de modèles féminins posant dans des attitudes codifiées, au point de devenir le portraitiste en vogue de la noblesse et de la grande bourgeoisie sous la Restauration puis la Monarchie de Juillet. Louis-Philippe lui commande pour le palais des Tuileries un portrait en pied de sa fille, Louise d’Orléans, reine des Belges. « Chéri des femmes de son temps », soutenu par le pouvoir et le public, il est régulièrement malmené par la critique, qui raille une peinture jugée facile et répétitive, malgré quelques tentatives dans la manière romantique (Adam et Ève et Le Paradis perdu, d’après l’oeuvre de John Milton) et réaliste (Deux petits Savoyards), inspirée de celle de son ami peintre Pierre Duval Le Camus, qui par ailleurs lui fait découvrir Saint-Cloud. Cette fatalité semble poursuivre aussi son fils, comme dans ces tragédies grecques qui les inspirèrent tous deux. Édouard Dubufe (1819- 1883), dans le sillage de son père, se spécialise dans le portrait, assumant un néo-classicisme hérité d’Ingres (lui aussi ancien élève de David) et de son père. Il devient l’un des portraitistes officiels du Second Empire, peint au château de Saint- Cloud le portrait officiel de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, puis Le Congrès de Paris, imposante toile conservée aujourd’hui encore dans le salon des huissiers du ministère des Affaires étrangères, et qui fixe sur la toile le retour de la France sur la scène diplomatique lors de la signature de la paix mettant fin à la guerre de Crimée. Peintre de l’histoire et du pouvoir, Édouard Dubufe fait oeuvre documentaire et participe à la propagation d’une mythologie impériale en mettant en scène la légitimation du Second Empire par son rôle international de pacificateur. Certains critiques, comme les frères Goncourt, persistent à voir dans cet héritier le « premier portraitiste de robes, d’écharpes et de dentelles », mais Édouard élargit son registre à la peinture religieuse, avec un important tryptique de douze mètres de large, L’Enfant prodigue, présenté au Salon de 1866. Ayant épousé une des filles du pianiste Pierre Zimmermann, il a fait de Saint-Cloud sa villégiature, et y a formé avec notamment Charles Gounod, son beaufrère, un clan familial très soudé.

 

> … aux décors de la IIIe République

Le troisième panneau du tryptique familial est composé par Guillaume (1853-1909), qui rompra avec la tradition familiale de l’art du portrait pour devenir un peintre décorateur célèbre de la IIIe République. Nouveau régime politique, nouvelles expérimentations picturales : les oeuvres de Guillaume Dubufe, encore empreintes de tradition, l’exposent, comme ses père et grandpère, aux sarcasmes des critiques, même si l’artiste a su éclaircir sa palette et s’est créé un monde à lui, avec des intentions de grâce et d’harmonie. Sa peinture décorative s’installe pourtant au plafond de hauts lieux parisiens, grâce aux commandes qui se succèdent : foyer des artistes de la Comédie-Française, salle des fêtes de l’Élysée, bibliothèque de la Sorbonne, buffet de la Gare de Lyon… Même si les critiques relèvent les imperfections de détail, ses décors s’imposent par la maîtrise de leurs vastes compositions. Parallèlement, Guillaume Dubufe se fait aquarelliste et paysagiste, illustrant les oeuvres du poète et dramaturge Émile Augier (dont son père avait autrefois peint le portrait) et les partitions du Faust de Charles Gounod, son oncle dont il est très proche. Délaissant souvent Saint-Cloud pour Capri, où il a acheté une villa, il fait des paysages italiens le décor de nombre de ses peintures religieuses, comme ses toiles évoquant la vie de la Vierge, voire le sujet unique de Vues de Capri qui séduisent la critique. Souvent égratignés par les critiques, toujours appréciés du public et proches du pouvoir, Claude-Marie, Édouard et Guillaume Dubufe ont connu des destins similaires, même si le petit-fils, en se libérant de l’emprise néo-classique, a rencontré un plus large succès. Leurs oeuvres sont peu à peu tombées dans l’oubli, jusqu’à ce qu’une exposition parisienne les ressuscite, déjà tous les trois, il y a trente ans. C’est au musée des Avelines, à Saint-Cloud où les Dubufe se plaisaient tant avec Gounod au sein du clan Zimmermann, que vous pourrez suivre ces trois peintres élégants et talentueux, à travers leurs oeuvres teintées d’anachronisme, dans une traversée du si tumultueux XIXe siècle.

 

 

 

En pratique

Claude-Marie, Édouard et Guillaume Dubufe
(1790-1909), La peinture en héritage,
du 15 mars au 24 juin.
Entrée libre.
Renseignements auprès du musée des Avelines
au 01 46 02 67 18 ou sur www.musee-saintcloud.fr
60, rue Gounod.

Bouton pour accéder à l'espace famille

 

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