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Evenement ANDRÉ KERTÉSZ LA FRANCE DEPUIS SAINT-CLOUD

Les trajectoires d’André Kertész (1894- 1985), photographe hongrois émigrant à Paris puis à New York, et de François Debat (1882-1956), docteur en pharmacie et en médecine installé à Saint-Cloud, n’étaient pas vouées à se croiser un jour. Le premier a quitté la misère menaçant sa famille dans la Hongrie d’après le démantèlement de l’Empire austro-hongrois pour s’installer dans le Paris bohème du Montparnasse de 1925 ; le second, à qui nous devons la pittoresque villa des Tourneroches, est le fondateur, en 1920, des laboratoires Debat, grand nom de l’industrie pharmaceutique française, dont il est le premier dirigeant. L’intersection inattendue de ces deux trajectoires a lieu dans les pages d’une de ces belles revues des années 1930, où se rencontrent sciences et arts.

 

> Pommades et promenades

Médecin et mécène, scientifique et intellectuel féru d’art et de littérature, François Debat fréquente l’avant-garde parisienne, qu’il reçoit dans sa villa clodoaldienne et à qui il offre, avec sa revue Art et Médecine, diffusée gratuitement dans les salles d’attente des médecins, la chance d’une publication destinée au grand public. De 1929 à 1939, la luxueuse revue Art et Médecine du Docteur Debat fait en effet coexister articles sur les innovations médicales, « réclames » pour des produits pharmaceutiques, et, plus inattendus, de très beaux reportages illustrés sur les provinces de France. Même si les années 1930 sont l’âge d’or des belles revues illustrées, Art et Médecine se distingue par une ambition esthétique rare, et la notoriété des signatures, des articles comme des photos. Dans ce mensuel luxueux, les reportages sont signés des plus grandes plumes de l’époque, dont Colette, Jean Cocteau, Paul Morand, Henri Bordeaux… et accompagnés de photographies commandées aux figures du courant de la Nouvelle Vision : Kertész, donc, mais aussi Brassaï, Man Ray, Germaine Krull…

 

> « Un journal intime visuel »

Bien sûr, il s’agit pour le Docteur Debat de faire connaître et vendre ses produits pharmaceutiques, mais cet homme cultivé et sensible aux expérimentations artistiques de son temps, laisse une grande liberté aux contributeurs. Il a notamment compris que la photographie, sous l’influence du Constructivisme et du Bauhaus, s’était affranchie de l’académisme de ses débuts, et conquérait la légitimité d’un art à part entière. Les nouveaux appareils de poche comme le Leica autorisent toutes les expérimentations formelles : points de vue inédits, compositions géométriques, jeux graphiques avec les lignes, les reflets et les ombres… André Kertész, sans jamais se réclamer d’aucune école, se présentera toute sa vie André Kertész (1894-1985). Les escaliers de Montmartre, étude de lignes et d’ombres. 1926. Négatif gélatino-bromure noir et blanc sur support verre. Photographie publiée dans Art et Médecine, octobre 1931, p. 38 © Ministère de la Culture – Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, dist. RMN-Grand Palais / Donation André Kertész PAGE 14 événement comme un photographe amateur, « un débutant qui découvre le monde encore et encore ». Les clichés qu’il prend pour Art et Médecine au cours de ses reportages en France (Bretagne, Savoie, Corse, Pays Basque…) témoignent de son usage de la photographie comme d’un « journal intime visuel », interprétation plus que simple description mimétique – ce que Roland Barthes désignera comme la « photographie pensive », enregistrant l’énigme du « ça a été ».

 

> Voyage dans les années 1930

Jusqu’en 1936, André Kertész sera l’un des principaux contributeurs de la revue, avec plus de 300 clichés publiés dans 25 numéros, dont dix photographies de couverture. L’exposition du musée des Avelines présente 80 tirages modernes, d’après les négatifs originaux, en partenariat avec la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, qui conserve négatifs, planches-contacts, bibliothèque et correspondance de Kertész. À travers cette sélection représentative de la diversité des styles de Kertész, chez qui les jeux formels n’éclipsent jamais l’humain mais révèlent l’étrangeté des décors familiers, le visiteur est convié à une déambulation songeuse à travers les villes et les champs de la France de 1930, depuis le belvédère qu’offre, à Saint-Cloud, la revue du Docteur Debat. C’est aussi l’occasion de retrouver avec Kertész un âge d’or de l’histoire de la photographie, en parcourant cet oeuvre majeur qui fit dire à Henri Cartier-Bresson, l’un de ses fils spirituels : « On doit tous quelque chose à André Kertész ».

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