Le ciel au féminin

Culture 10/03/2026

Si le nom d’Alberto Santos-Dumont est indissociable des débuts de l’aviation à Saint-Cloud, les femmes marquèrent également de leur empreinte cette fabuleuse histoire.

Au début du XXe siècle, le quartier des Coteaux servit de véritable terrain de jeu, notamment aux pionnières de l’air, qui firent avancer la condition féminine.

Marie Surcouf à la conquête de l’air 

À Saint-Cloud, où un parc destiné au gonflage et au départ des ballons a été aménagé aux Coteaux, entre la rue des Viris et l’avenue Bernard-Palissy, Marie Surcouf (1863-1928) va véritablement bousculer les codes. Épouse d’un aéronaute et fabricant de dirigeables, elle prend la tête en 1906 du premier « comité des dames » au sein de l’Aéronautique- Club de France. 

Le succès est immédiat : lors de la première fête du comité, 600 personnes se pressent pour assister et participer aux baptêmes de l’air en ballon. Munie de son brevet de pilote, Marie Surcouf réussit la même année son premier vol du parc des Coteaux à Neuilly-sur- Marne en 2 h 45. Elle se réjouit du succès croissant du comité des dames, « gage du triomphe du féminisme aéronautique ». Soucieuse de voir évoluer la condition féminine, elle s’insurge, avec d’autres membres, du peu de considération de la direction de l’Aéronautique-Club à leur égard… et finit par démissionner du comité. 

Les femmes aux commandes avec la Stella

Dès l’année suivante, en 1909, elle fonde à Saint-Cloud le club féminin la Stella, affilié à l’Aéro-Club de France. Ici les rôles sont inversés : les hommes sont admis, mais seulement comme passagers ou membres, sans pouvoir de décision sur l’association. Le club attire des personnalités telles que la princesse de Polignac ou encore la duchesse d’Uzès. En 1910, un deuxième brevet est décerné à Marie Surcouf, celui de pilote sportif, décerné aux hommes et aux femmes selon les mêmes critères : dix ascensions dont deux seul(e) à bord et une nocturne. Le nombre d’adhérents triple en deux ans, le club comptant dans ses rangs six pilotes d’aérostats et sept pilotes d’avion. 

Le tournant de 1914

Les « rallyes-ballon » deviennent une institution mondaine où l’on vient admirer les exploits des pionnières de l’air dans leurs ballons fleuris et baptisés comme il se doit Roses, Pâquerettes, Pivoines, Œillets et Bleuets. Lorsqu’éclate le premier conflit mondial en août 1914, la Stella suspend ses activités pour se consacrer à l’effort de guerre et soutenir l’aéronautique militaire naissante. Malgré une tentative de relance après la guerre, la grande époque de l’aérostat est révolue, et le club est dissous en juin 1926. 

Marie Surcouf laisse derrière elle un héritage non négligeable : de plus en plus de femmes passeront bientôt leur brevet de pilote d’avion, encouragées par ces pionnières qui ne se résignaient pas à voir les femmes exclues des premières tentatives héroïques pour domestiquer le ciel : « Stella, école d’énergie, de poésie, de douceur, est un mouvement de féminisme bien compris et tout le sport aérien […] aide à développer les qualités d’initiative, de puissante volonté et de mépris du danger, devenues indispensables aux aspirations féministes actuelles », déclarait avec une assurance tranquille Marie Surcouf dans L’Aérophile, en avril 1910.

Découvrez ces pionnières du ciel, éprises de liberté et d’adrénaline samedi 14 mars à 16h lors de la conférence À nous les airs, à travers le regard passionné de Laure Bouglé-Bal dit Sollier, doctorante en histoire à l’Université Paris I.

Entrée libre - Sur réservation au 01 46 02 67 18.

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