Le monument Santos-Dumont : toute une histoire

Culture 10/03/2026

Des exploits de Santos-Dumont au mythe d’Icare, découvrez la symbolique derrière le personnage ailé qui domine les Coteaux.

Situé au coeur du quartier des Coteaux, le monument rendant hommage à l’aéronaute Alberto Santos- Dumont (1873-1932) fait pleinement partie du paysage et du patrimoine clodoaldien. Installée sur les hauteurs de Saint-Cloud, à deux pas de l’ancienne gare des Coteaux, la statue représentant un personnage ailé de trois mètres trente d’envergure vient rappeler aux passants et aux habitants qu’autrefois aux Coteaux décollaient depuis l’Aéro-Club de France, les premiers ballons, dirigeables et autres machines volantes. 

Santos-Dumont, monument vivant

Le monument rend hommage à Alberto Santos-Dumont, pionnier de l’aviation. Le Brésilien, Clodoaldien de coeur, a réalisé les premiers records du monde enregistrés à Saint-Cloud par l’Aéro-Club de France. Propulsé au rang de héros par la presse de l’époque, l’aviateur devient un monument vivant, célébré par des médailles, des sculptures ou des reliques. 

C’est en 1913, sous l’impulsion de Georges Besançon, secrétaire général de l’Aéro-Club de France, que le monument est érigé. Il se compose d’un bloc de granit de Lannion (Côtes d’Armor), orné d’un médaillon de bronze représentant l’aviateur de profil, dans une volonté d’héroïsation à l’antique, et d’une inscription commémorative : « Ce monument a été élevé par l’Aéro-Club de France pour commémorer les expériences de Santos- Dumont, pionnier de la locomotion aérienne ». 

Sur ce bloc s’élève une figure humaine aux ailes factices, forgée par le sculpteur Georges Colin en référence au mythe fondateur de la conquête de l’air : Dédale s’échappant du labyrinthe. Comme en témoigne le rapport du conseil municipal de l’époque : « Dédale est un personnage de la Mythologie qui construisit le fameux Labyrinthe destiné à enfermer le Minotaure et y fut emprisonné à son tour. En vue d’en sortir il fabriqua pour lui et son fils Icare des ailes formées de plumes d’oiseau et de cire, puis s’envola dans les airs. Il arriva, dit la mythologie, sain et sauf en Sicile, tandis qu’Icare, malgré les conseils de Dédale, voulant s’élever trop haut, fut précipité dans la mer, la cire de ses ailes ayant fondu. » 

Mais l’histoire du monument ne s’arrête pas là.

Le monument fondu puis recréé en 1952

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la statue en bronze est retirée et fondue par le gouvernement de Vichy pour l’armement de guerre. Au début des années 1950, l’ambassade brésilienne organise une souscription nationale pour offrir à la France une réplique du monument disparu. Celleci est inaugurée le 4 juillet 1952, à la clôture des fêtes de Paris, organisées en l’honneur du cinquantenaire des exploits d’Alberto Santos-Dumont, en présence d’une délégation brésilienne. 

La nouvelle sculpture, éditée par M. Patrouilleau au sein des établissements Durenne et Val d’Osne, diffère légèrement du modèle initial de Georges Colin, notamment connu grâce à une carte postale : les bras attachés aux ailes sont tendus par rapport à ceux de Colin qui formaient un angle plus marqué vers l’arrière, le rabat du drapé au niveau de la poitrine n’est pas le même et les plumes présentent également une disposition légèrement différente. 

Une symbolique réinterprétée

Le personnage ailé clodoaldien est alors identifié à Icare sur le point de s’élever pour sa première et dernière ascension. Là encore les discours de l’époque en témoignent : « De même que la cire qui attachait les ailes d’Icare à son corps fondit et entraîna l’imprudent dans la mer, on peut dire que le destin surhumain de Santos- Dumont le conduisit semblablement à sa fin suprême et par là, ce demidieu moderne rejoint le demi-dieu de la mythologie ». Les traits d’Icare évoquent ainsi désormais la chute tragique de l’aviateur, disparu volontairement en 1932. 

Dans une mutation iconographique lourde de sens, se rapprochant du sublime, le Dédale ingénieux du vivant de l’aéronaute devient l’Icare déchu à la mort tragique de celui-ci. La fonte d’après-guerre restitue donc l’un des monuments les plus importants du début du XXe siècle, qui devait illustrer avec audace l’histoire aéronautique sur le territoire clodoaldien, à une époque friande de grands hommes matérialisés dans l’espace urbain.

Sources et extraits : Catalogue de l’exposition Saint-Cloud dans les nuages, une histoire aéronautique. « Tel Icare ou tel Dédale ? Le monument Santos-Dumont à Saint-Cloud ». En vente au musée des Avelines, 18 €.

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